Par les femmes de la Maison d'arrêt de Rouen :
ENFERmées est un atelier photo animé par Axelle de Russé, photographe, dans le cadre du programme Culture-Justice 2021.
Le festival photo LES FEMMES S’EXPOSENT organisé à Houlgate (14) a porté ce projet et l'a intégré à sa programmation 2022.
Lors de son travail au long cours sur les femmes incarcérées et leur difficile réinsertion, la photographe Axelle de Russé a été frappée par leur manque de confiance en elles. Elles se perçoivent dérisoires, négligeables, inexistantes ; leurs corps deviennent le reflet de leurs profondes souffrances.
Cet atelier mené à la maison d’arrêt de Rouen avec des femmes détenues, en novembre et décembre 2021, utilise le médium photographique pour les aider à se réapproprier leur corps.
Cette pratique artistique a ici vocation à plonger ces femmes dans un processus d’extériorisation et de valorisation de soi, et ainsi participer à une réconciliation avec elles-mêmes.
Au fur et à mesure, face à l’objectif, elles se sentent regardées, revalorisées, et s’échappent un temps de leurs enfermements.
Déroulement du projet :
ENFERmées s'est déroulé durant 8 sénaces en novembre et décembre 2021. Cinq personnes ont participé.
Dans un premier temps, les participantes ont pu échanger autour de la photographie et découvrir le travail d'Axelle de Russé dans la salle de projection de la Maison d'arrêt.
Une personne organisatrice du festival Les femmes s'exposent été aussi présente.
Elles ont ensuite été initiées à la manipulation de l'appareil photo, à la technique photographique et à la prise de vue.
Pendant trois séances, elles ont pris des photos afin de constituer un corpus d'images. Des photographies de type "photos de mode", constituées à partir de ce qu'elles aiment : des objets, des vêtements ou des parties du corps,
Le matériel qui leur a été proposé était constitué de deux appareils photo avec un objectif chacun. Deux pieds, deux flashs. Un drap en tissu pour le fond. Du gaffeur. Un enregistreur audio.
Tout au long de ces prises de vue, des séances de projections des photos ont été réalisées.
Elles ont permis le choix des images par les participantes. L'enregistreur audio a capté les échanges qui ont été ajouté au diaporama final.
Durant l'avant dernière séance, les personnes ont été initiées au Cyanotype. Elles ont pu développer les images. Cette technique ludique permet d’obtenir des images très artistiques. Les femmes détenues ont vu le résultat concret de leur prise de vue, qu’elles ont pu conserver.
Le diaporama constitué des images sélectionnées par les femmes détenues a été projeté lors de la séance finale.
La projection du film a eu lieu le 11 juin 2022 au cinéma de Houlgate, dans le cadre de l’édition 2022 festival.
Axelle de Russé :
Axelle de Russé est une photographe indépendante française, spécialisée dans les projets documentaires au long cours.
Son travail est régulièrement exposé dans des festivals ou galeries, comme Visa pour l'image, Paris Photo ou Artcurial. Elle a reçu le prix CANON de la femme photojournaliste en 2007 pour son travail sur le retour des concubines en Chine.
En 2014, avec le soutien du Centre National des Arts Plastiques (CNAP), elle a suivi le quotidien de femmes victimes de violences sexuelles dans l'armée française.
Depuis 2016, elle mène en parallèle deux projets de fond. Le premier sur le réchauffement climatique au Svalbard et en Patagonie, pour lequel elle a reçu en 2019 la bourse « Brouillon d'un rêve » de la Scam, le CNAP et le prix de la fondation Yves Rocher en 2024.
Le second sur la réinsertion des femmes après la prison en France. Il a pu voir le jour grâce à la bourse "Pierre et Alexandra Boulat" en 2019, et exposé à Visa Pour l'Image en 2020.
Cette même année, en collaboration avec Thomas Morel-Fort, elle commence un travail à la chambre photographique sur le monde de la culture, soutenu par la BNF.
Festival photo LES FEMMES S’EXPOSENT :
Le festival LES FEMMES S’EXPOSENT est entièrement consacré aux femmes photographes professionnelles (quelles que soient leurs catégories : portrait, photojournalisme, photographie documentaire, etc.). Son but est de mettre en lumière leur contribution essentielle au monde de la photographie et des médias, et de rendre leurs travaux visibles.
Moins d’un quart des photographes des grandes agences sont des femmes. Elles gagnent en général moins bien leur vie que leurs confrères. Et seulement 25 % de la programmation des événements photographiques met en avant les travaux des femmes photographes. Ils sont donc insuffisamment représentés dans la presse, les festivals, les expositions et les prix photo.
Le Festival LES FEMMES S’EXPOSENT a ainsi pour vocation de valoriser, soutenir et récompenser les travaux de femmes photographes, toutes générations confondues. Il œuvre également pour la démocratisation de l’accès à la culture : les expositions sont présentées dans l’espace public, visibles par toutes et tous, en accès libre, un principe fondateur de l’événement.
Plus d'iinformations : lesfemmessexposent.com
Contact : lesfemmessexposent@gmail.com
Maison d'arrêt de Rouen :
La Maison d’arrêt de Rouen est située 169 Boulevard de l'Europe à Rouen.
Elle est constituée d’un quartier hommes de 624 places et d’un quartier femmes de 52 places.
Cette action s'inscrit dans le cadre de la convention régionale Culture / Justice, signée par la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Normandie, la Direction Interrégionale des Services Pénitentiaires de Rennes, la Direction Interrégionale de la Protection Judiciaire de la Jeunesse du Grand-Ouest et la Région Normandie.
Coordination : Hélène Bonamy, Service Pénitentiaire d'Insertion et de Probation de Seine-maritime – Ligue de l'Enseignement Normandie
Trois questions à Anne Degroux, co-directrice du festival photo LES FEMMES S'EXPOSENT :
1. Pourquoi avez-vous souhaité proposer ce projet d'Axelle de Russé aux personnes détenues à la Maison d'arrêt de Rouen ?
Les femmes s'exposent a souhaité co-créer ce projet avec la photographe professionnelle Axelle de Russé car elle avait au préalable mené un travail au long cours avec des femmes incarcérées sur leur réinsertion (Dehors).
Nous savions que son approche sensible et directe, ainsi que ses qualités humaines et d'écoute permettraient de créer avec les participantes un espace unique de création propice à un travail sur leur corps et leur image.
2. Le travail photographique en détention a t il une importance particulière pour vous ?
La photographie, en tant que médium accessible et propice à la co-création, a permis aux femmes détenues de participer activement à la réalisation des images et d’exprimer leur vision. Introduire la photographie à l’intérieur de l’enceinte de la prison a fait de ce médium un espace d’expression et de liberté là où tout était souvent contraint.
Ces ateliers, moins intimidants que d’autres formes artistiques, ont également offert une éducation à l’image en sensibilisant les participantes au langage visuel. Avec Axelle de Russé, ce travail est devenu un outil de valorisation de soi : il a contribué à restaurer la confiance en soi, mise à mal par l’incarcération, et a permis aux femmes de se réapproprier leur image.
3. Comment a été reçu le film réalisé lorsqu'il a été projeté durant le festival en juin 2022 ?
Le film a été très favorablement accueilli par le public du festival. Les spectateurs ont été touchés par la sensibilité des portraits et par l’intimité qu’ils révèlent, offrant un aperçu fort mais pudique de la réalité des femmes détenues. Cette projection a permis de mettre en lumière leur humanité, tout en sensibilisant le public à l’importance de pratiques culturelles en détention.
