Présentation du projet :

Depuis l'ouverture du centre pénitentiaire de Alençon-Condé-sur-Sarthe, l'association 2angles, Relais Culturel Régional a été sollicitée pour mener des actions en relation directe avec ses activités arts visuels et danse contemporaine.

L'association 2angles accueille des artistes en résidence de création, et en fait son activité principale, les résidences permettant de multiplier les projets artistiques sur les territoires les plus divers.

C'est dans un premier temps, Jérôme Letinturier, avec sa fonction de plasticien qui est intervenu avec des groupes de détenus. Très vite il a été souhaité de pouvoir travailler et intervenir dans les cours de promenade du centre pénitentiaire.

C'est donc en plusieurs étapes que le projets graff a émergé.

Il a donc ensuite été décidé de faire venir des artistes dont la spécialité street art est la signature, et que ces derniers puissent en quelques jours proposer, et réaliser une œuvre unique sur un des murs des promenades.

Depuis le lancement de ce partenariat, ce sont 7 fresques qui ont été réalisées au Centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-sur-Sarthe.

Les artistes :

A ce jours Hobz, Homek, Snek , Näutil et Oré sont venus successivement travailler dans des promenades différentes.

2ANGLES :

Créée en 2003, 2angles est une association d'artistes dont la mission première est la promotion des arts visuels et la danse contemporaine.

En 2010, 2angles devient l'un des Relais Culturels Régionaux de Normandie.

Situé dans des anciens ateliers de teinturerie de 400 m2, 2angles regroupe trois espaces d'exposition, des ateliers pour les artistes résidents, un centre de documentation. L'association dispose aussi d'un plateau de danse et d'un studio de répétition mis à disposition par la Ville de Flers pour son programme de résidence d'artistes.

2angles se veut un lieu de création ouvert aux artistes, un lieu d'expérimentations, de rencontres et d'échanges. C'est une passerelle vers l'extérieur, entre les artistes, la ville et les publics.

Le lieu d’accueil :

Le Centre pénitentiaire d’Alençon-Condé-sur-Sarthe est situé Rue du Pont Percé à Condé-sur-Sarthe.
Il est constitué de trois maisons centrales pour hommes d’une capacité totale de 180 places, d’un quartier maison d’arrêt de 15 places et d’un quartier de semi-liberté de 45 places.

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3 questions à Näutil :

1/ Aviez vous déjà eu une expérience en milieu pénitentiaire avant ces fresques à Alençon-condé-sur-Sarthe ?

Non, j’ai surtout eu des expériences en contact avec un public jeune, pour des initiations, avec des particuliers ou quelques entreprises et sinon il y a mes petites randonnées solitaires usuelles , où je dépose un graff de manière discrète et sans prévenir en milieu naturel, pour proposer un peu de poétique aux regards des passants.

2/ Comment avez vous travaillé avec les personnes détenues ?

J’ai eu à gérer le matériel déjà, les bombes les capuchons les masques et tabliers, bien veiller à leur utilisation et à la compréhension de la technique, et puis comme toujours dans un groupe il y a la question des tempéraments, de l’intérêt envers cette discipline, et ça peut varier d’une personne à l’autre. Il y a des personnes différentes, des attentes différentes et le point commun des groupes avec qui j’ai pu travailler en milieu carcéral, c’est bien sûr l’enfermement , pour les participants ça change le rapport aux monde, aux gens, aux nouveautés apportées de l’extérieur.

Il a fallut trois choses principales je dirais : une totale disponibilité pour bien se caler sur le rythme de chacun, ensuite veiller à mettre en place un respect naturel qui doit s’instaurer entre soi et l’autre pour le bon déroulement des séances, c’est-à-dire pas de curiosité malsaine ou de questions intrusives, pas de jugement visible c’est-à-dire garder une neutralité et une considération pour l’humain qu’on a en face, sans tomber dans le voyeurisme ou la compassion extrême. Ensuite bien sûr, transmettre le goût de la création, mettre l’âme au travail, susciter le désir de faire, de s’approprier une technique en tant que support à ce qu’on aurait envie de dire, ou simplement pour ce plaisir des couleurs et des formes. Cette chose-là, la question du désir et de la création, elle est commune a tous les hommes je pense, j’ai essayé donc de remettre une énergie au travail, en restant à ma place et sans émettre de jugement. Ces ateliers demandent il me semble, une vigilance déliée, discrète, mais présente et constante, savoir se faire écouter tout en laissant une réelle part de liberté créative.

3/ Qu'en avez vous retiré ?

J’ai pu saisir, sans le vouloir et en toute spontanéité, la dynamique particulière entre ces hommes, avec bien sûr des affinités fluctuantes ou très fortes et déjà bien ancrées dans le groupe, mais sur le fond et parce que ces ateliers furent pour eux des parenthèses à la condition carcérale, un esprit très enfantin, au sens positif et curieux du terme.

Parfois un joyeux chahut comme lors de colonie de vacances ou dans la cour de récréation. Une humanité présente, une dureté parfois imperceptible et l’envie d’une échappée même temporaire. J’ai pu me rendre compte un peu de tout ça, j’ai affiné au fur et à mesure ma présence et mes interventions en tenant compte des personnalités des détenus en essayant de susciter leur désir de faire, de participer activement .

Ce fut une rencontre de personnalités diverses que j’ai essayé d’encadrer dans une neutralité bienveillante, le but étant de créer ensemble une fresque désirée et commune, destinée à rester comme témoignage que le beau ou le poétique qu’on produit, si l’on peut dire, a partout sa place.

2Angles